May 122014
 

Méthodes ancestrales au goût du jour.

(Voir la version Anglaise) Certaines techniques de bijouterie joaillerie sont quasiment en voie de disparition. Pourtant, elles possèdent des avantages à ne pas oublier.

Pour la réalisation de pièces purement massives, les artisans bijoutiers ont appris jusque dans les années 70 à faire des moulages avec l’os de seiche. l s’agit d’un procédé artisanal dont le savoir-faire a été préservé par José ACTIS, artisan bijoutier à Saint-Jean-Cap-Ferrat. José nous a chaleureusement accueilli dans son atelier ce mois-ci, nous allons donc vous faire partager ici cette technique non perdue pour tous !

L’os de seiche et ses avantages.

La seiche est un mollusque qui dispose d’un système de flottabilité interne nommé couramment “os”. Cette matière très poreuse et riche en air est composée d’aragonite (carbonate de calcium) et d’oligo- éléments utilisés, entre autre, pour l’alimentation des oiseaux. L’os de seiche, blanc et de forme oblongue, est en fait une coquille interne qui permet à ce décapode (mollusque à 10 bras) d’économiser naturellement son énergie lors de ses déplacements en fonds marins.

C’est un don de la nature pour le bijoutier joaillier qui pourra l’utiliser comme moule après y avoir posé une empreinte, pour y couler des alliages d’or ou d’argent titrés. Il s’agit d’une technique ancestrale restant très accessible pour qui veut bien y consacrer du temps.

Photo 1. Une coquille cassante mais au cœur tendre et malléable.

L’os de seiche est léger, facile à travailler et ne présente aucune toxicité ou pollution. En outre, lors de la coulée du métal, il n’y a quasiment aucun dégagement de fumée et il suffit d’avoir son matériel de base en bijouterie-joaillerie pour réaliser des pièces massives d’un seul tenant, sans soudure, telle qu’une chevalière ou une petite forme désirée.

Enfin, sa faible valeur marchande et sa grande disponibilité tout au long de l’année en font un outil de premier choix pour des créations destinées à une clientèle exigeante en délais et qui apprécie particulièrement le travail artisanal. Il est donc, en outre, possible de s’affranchir des délais de livraisons inhérents aux contraintes des techniques industrielles (aujourd’hui, la forme de base est simplement portée chez le fondeur).

Contraintes

Photo 2

José souligne qu’il faut rester attentif aux choix des tailles et épaisseurs des os de seiche avant toute exécution. Il nous précise que certaines matrices peuvent particulièrement présenter de nombreuses striations internes structurelles dont il faudra tenir compte en amont de son travail. Cette photo ci-contre (photo 2) nous présente les détails de ces stries imprégnées dans une pièce coulée qu’il faudra limer.

 

Mode préparatoire.

Photo 3

Après avoir choisi un os de seiche de bonne taille pour la forme à mouler (photo 1), on utilise le bocfil pour le diviser en deux et en éliminer les extrémités plus friables (photos 3).

Les deux parties sont ajustées l’une à l’autre à l’aide du bocfil et de la lime (photo 4) puis frottées l’une contre l’autre sur le côté tendre afin d’obtenir une surface de contact parfaitement lisse et homogène en grains. L’étanchéité du moule s’en trouve améliorée.

Le modèle de base préalablement réalisé en bois, plomb ou cire est alors posé en empreinte sur la moitié de son épaisseur dans une des deux moitiés du moule (photo 5). La 2ème moitié est à présent soigneusement serrée contre la première sur son autre demi épaisseur (photos 6).

Photo 4.

Photo 5

Image 6

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des repères préalablement tracés à la lime et au bocfil garantiront la bonne correspondance des négatifs entre eux.

La forme à couler est à présent inscrite dans le moule. José désolidarise les deux parties pour en extraire la maquette de base dont l’empreinte doit être parfaite. Un culot (trou de coulée) par lequel le précieux métal liquide viendra s’engouffrer avant d’envahir l’espace du moule disponible est délicatement façonné dans chacune des parties du moule (photo 7) avant que ces dernières ne soit fermement liées l’une à l’autre à l’aide d’un fil de fer (photo 8 ).

Photo 7. Le modèle de base ou maquette peut être réalisé en plomb, bois ou cire à sculpter par exemple. Le plomb, bois ou cire, sont des matériaux durs, faciles et rapides à travailler. Le modèle de base devra être d’environ 1/10ème plus grand que le modèle final.

Photo 8.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chasse aux bulles d’air

José nous explique que les anciens avaient pour coutume d’orienter une fine lamelle de zinc dans le trou de coulée afin d’éviter la formation aléatoire et catastrophique de bulles d’air durant la coulée du métal. Accessoirement, la création d’une cheminée très fine (de la taille du millimètre à l’aide du bocfil) partant du négatif vers le haut du moule offre un conduit de sortie d’air. En fait, la nature poreuse de l’os offre l’avantage de ne pas avoir vraiment besoin de recourir à cette sortie d’air.

Précautions d’usage

Photo 9

Le moule est fini et prêt à être utilisé(photo 9). José choisi le précieux métal avec lequel il va réaliser sa chevalière. Trois points sont à souligner :

  1. On multiplie par 2 le poids du métal à couler pour une chevalière en argent et par 2,5 le poids pour une chevalière en or.
  2. La taille de la chevalière finie sera d’environ 1/10ème inférieure par rapport à la maquette de base, le métal coulé se rétractant lors de son passage à l’état solide.
  3. L’or palladié qui remplace aujourd’hui le nickel ne donne pas, quant à lui, d’aussi bons résultats avec cette technique que ne le faisait l’alliage au nickel.

 

La coulée du métal (photo 10)

Arrive à présent la délicate opération, à main levée, de la coulée de l’or dans le moule. Le métal est fondu au chalumeau oxhydrique dans un creuset réfractaire. C’est l’instant le plus beau et le plus fort du travail. L’os de seiche semble soudainement extrêmement fragile face à la force vive qu’exprime l’or porté à une température de fusion de plus de 1000°C. José reste concentré. La main sûre, il verse d’un seul tenant et très rapidement l’or dans le moule. L’opération est un succès, José va nous offrir une deuxième version, cette fois avec l’argent.

Photo 10.

Photo 11. à peine coulé, le métal indique encore par sa couleur l’extrême chaleur à laquelle il a été soumis pour se liquéfier et épouser la forme voulue dans le moule. Il va se refroidir progressivement ou pourra être déposé dans un récipient d’eau froide afin d’accélérer sa solidification et son extraction du moule.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Se succèdent une nouvelle fois les différentes étapes décrites précédemment. Les photos 12 & 13 illustrent l’aspect du second moule à son ouverture, une fois l’argent titré coulé et refroidi pour le plaisir de vivre encore une fois ces instants de magie… que nous seul nous offre le savoir-faire artisanal.

Photo 12

Photo 13

 

 

 

 

 

 

Conclusion

La coulée du métal dans le moule est l’opération la plus délicate et doit se dérouler rapidement. Chaque bulle d’air emprisonnée dans le moule génère une carence de matière qui rappelle la forme de la bulle emprisonnée et se solde par des trous, donc un moulage à refaire.

Lorsque l’opération est réussie, l’objet extrait demande une parfaite finition. La forme du trou de coulée est détachée du corps, la chevalière travaillée de l’intérieur du corps de bague à l’extérieur à la lime puis au cabron avant d’être délicatement polie. L’os de seiche, lui, sera inutilisable pour toute autre opération. “Un os, une coulée!” nous dit José.

Caroline Mergalet, FGA. Avril 2014

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Avertissement : le contenu de ce blog de l’AIJV est rédigé par des membres ou invités de l’AIJV qui peuvent exprimer de nombreux points de vue sur un panel très large de sujets. Les opinions exprimées par les auteurs ne sont pas nécessairement celles de l’AIJV.
 
Credits – Interview by C. Mergalet.  Text & photos © Gem Expertise
 
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Caroline Mergalet

Caroline Mergalet - FGA, Dirigeante de Gem' Expertise, est membre de l'AIJV en sa qualité d'Expert Indépendant en Gemmes et Joaillerie à Villefranche sur Mer, France. Caroline Mergalet FGA is the Principal of Gem' Expertise, Independent Jewellery Valuers and Gemmologists and AIJV member in Villefranche sur Mer, France.

  5 Responses to “Technique de moulage avec l’os de seiche”

  1. Très bon Caroline, merci.
    Adrian

  2. Thank you Caroline. I had not heard of using this material for the mold before. Great article.

  3. Thank you Karen. Every day we can learn something new in our job ! It is always a pleasure.

  4. […] French version) The techniques involved in some jewellery making processes have almost disappeared, nevertheless […]

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